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2025 : une année de combat
Tension sur les allocations familiales, les places en crèche, la gratuité scolaire, la pension de veuve, les congés familiaux, le revenu des parents en recherche d’emploi, les primes à l’isolation des logements, le coût des garderies…
En 2025, la Ligue des familles a dû être sur tous les fronts pour défendre des conditions de vie décentes pour les familles.
A la clé, malgré des décisions difficiles, quelques avancées ou limitations de dégâts non négligeables : des mesures positives pour les familles dans un quart des communes, des congés familiaux renforcés pour les parents indépendants, un revirement suite à l’annonce de la suppression de la gratuité scolaire pour tous les enfants, une mesure « sparadrap » pour les crèches après des décisions d’économies ou encore l’application de la réduction d’impôt pour frais de garde pour tous les parents, y compris pour ceux qui ne disposent pas de l’attestation requise.
Avec la formation du gouvernement fédéral dit « Arizona » en janvier, l’année a débuté par l’annonce d’une série de reculs importants pour de nombreuses familles. Dès la publication de son analyse de l’accord de gouvernement, relayée dans un post Facebook partagé près de 2000 fois, la Ligue des familles s’est employée à décrypter les mesures prévues pour informer les parents et à faire connaître les situations familiales qui pâtiraient de ces décisions, dans le but de faire évoluer les réformes dans un sens plus favorable aux familles.
Active de longue date en faveur d’une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, la Ligue des familles s’est inquiétée de la flexibilisation annoncée du droit du travail, favorisant le travail de soirée, de nuit, le week-end – aux moments où il faut s’occuper des enfants.
Réformer les congés familiaux, oui... mais avec l'égalité de genre comme boussole
En parallèle, la réforme envisagée concernant les congés familiaux, pourtant très attendue, comportait plusieurs éléments inquiétants.
Baptisé “crédit familial”, le nouveau modèle prévu dans l’accord de gouvernement consiste à fusionner les congés existants (congés de maternité, congé de naissance, congé parental, crédit-temps) en un seul dispositif, lié à l’enfant et plus à chaque parent. Les parents devraient donc se répartir les congés. Pour la Ligue des familles, cela risque de générer des difficultés pour les parents séparés et une aggravation des inégalités entre les mères et les pères. Elle a alerté, avec d’autres associations de défense des droits des femmes, sur les risques liés à cette réforme. D’autre part, la Ligue des familles a mené, avec l’institut de sondage Dedicated, une enquête nationale auprès d’un millier de parents belges pour identifier leurs besoins et attentes. De cette enquête, elle a tiré un cahier des charges des attentes des parents, qui a été remis aux ministres compétent·e·s. Parmi les recommandations prioritaires : des congés mieux rémunérés (la préoccupation principale des parents), plus longs, plus flexibles – éléments à propos desquels l’accord de gouvernement est muet – et un maintien des droits individuels.
Malgré tout, de bonnes nouvelles pour les indépendantes
Quelques semaines après la remise de la partie de ce cahier des charges consacré aux parents indépendants à son cabinet, la ministre Eléonore Simonet (MR) a annoncé l’allongement du congé de maternité des indépendantes à 15 semaines (au lieu de 12) et la création progressive d’un congé parental pour les parents indépendants (commençant par une semaine à partir de 2028). Deux mesures que la Ligue des familles avait inscrites dans ses priorités présentées aux partis politiques avant les élections et qu’elle se réjouit de voir aboutir !
La première d’une série de bonnes nouvelles ? En novembre, la presse indiquait que le gouvernement pourrait allonger le congé de naissance. A l’heure d’écrire ces lignes, cet allongement n’est pas encore confirmé. Il s’agit d’une mesure très attendue des parents, pour laquelle la Ligue des familles plaide de longue date. A suivre en 2026.
Une mesure sparadrap pour les crèches
Cette mesure est d’autant plus attendue dans un contexte où le nombre de places en crèche ne cesse malheureusement de diminuer. Suite au conclave budgétaire automnal, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a annoncé sa décision de ne pas indexer les subventions des crèches et accueillantes en 2026. La Ligue des familles, s’est opposée, aux côtés de l’ensemble des acteurs sectoriels, à cette mesure qui risque fortement d’engendrer des réductions des horaires d’accueil voire des fermetures de milieux d’accueil au cours des mois à venir et a fait part de ses préoccupations à la Ministre de l’Enfance Valérie Lescrenier (Les Engagés) début décembre. Un mois plus tard, la Ministre annonçait une mesure « sparadrap » de l’ONE : une aide exceptionnelle de 200€ par place d’accueil, qui ne permettra pas de solutionner toutes les difficultés du secteur mais, nous l’espérons, d’éviter certaines fermetures.
La Ligue des familles a également activement pris part aux travaux de concertation dans le cadre du développement d’un nouvel outil de l’ONE pour l’inscription en crèche. L’objectif de la Ligue des familles était que cet outil facilite réellement les démarches des parents en leur permettant d’inscrire directement leur enfant dans une crèche, sans devoir contacter individuellement chaque milieu d’accueil. A l’heure d’écrire ces lignes, il semble que l’on s’oriente bien vers une réduction de la charge administrative pour les parents dans cette période très souvent synonyme de stress. A confirmer en 2026.
Les crèches représentent l’un des frais de garde d’enfant les plus élevés, aux côtés des stages et des garderies scolaires. Pour la troisième année, les actions de la Ligue des familles ont permis aux parents de conserver la réduction d’impôt pour les frais de garde d’enfants, même lorsque les crèches, garderies ou organisateurs de stages ne fournissent pas encore l’attestation officielle exigée par le SPF Finances. Elle continuera à suivre ce dossier de très près en 2026 car de nombreux organismes de garde ne respectent toujours pas leur obligation.
Protéger les aidants-proches exclus du chômage
Pour les parents en recherche d’emploi, en revanche, la situation ne s’éclaircit pas. La Ligue des familles a tout particulièrement suivi les enjeux familiaux de la réforme du chômage. Plusieurs mois avant le vote de la réforme, elle a fait part de ses inquiétudes au Ministre du Travail, David Clarinval (MR) et aux vice-Premiers ministres, concernant entre autres les parents d’enfants en situation de handicap, les parents solo ne trouvant pas de travail aux horaires adaptés à la garde d’enfant, les parents de jeunes enfants qui n’ont pas trouvé de place en crèche. La Ligue des familles a analysé le projet de loi et constaté qu’à tous les étages, la parentalité était en effet oubliée par une réforme, qui supprime des mécanismes de protection des parents précédemment prévus. Elle a ensuite sondé les parents belges et constaté que s’ils se positionnent pour le retour au travail, confrontés à des situations familiales concrètes, les parents refusent des exclusions aveugles aux difficultés des familles monoparentales, des parents d’enfants en situation de handicap, des parents dont le conjoint travaille à horaires incompatibles avec la garde d’enfants. La sortie des résultats de ce sondage, le jour du vote de la réforme à la Chambre, a permis d’alimenter les débats parlementaires (lors desquels l’étude de la Ligue des familles a été mentionnée à… 19 reprises), mais malheureusement pas encore, à ce stade, d’éviter à ces familles en difficulté la perte de leur revenu. Fin 2025 toutefois, la Ligue des familles, avec l’asbl Aidants Proches et SUSA Bruxelles, ont préparé la remise à l’ordre du jour médiatique de l’exclusion du chômage des parents d’enfants en situation de handicap. Début 2026, le débat politique est en cours de manière très aiguë à ce sujet. Permettra-t-il enfin d’éviter une situation dramatique pour ces familles ? A suivre.
D’autres mesures de l’accord de gouvernement prévoient une pénalisation, fiscale ou à la pension, des ménages dans lesquels l’un des membres ne travaille pas ou travaille peu : suppression progressive de la pension de survie (« pension de veuve »), de la pension de conjoint divorcé et de la pension au taux ménage ; diminution du quotient conjugal. Des annonces qui ont suscité énormément de courriers à la Ligue des familles qui a entamé, en 2025, une étude approfondie sur la question et commencé à alerter à propos des conséquences dramatiques de ces mesures lors de contacts politiques ainsi que dans les médias.
Rendre la rénovation des logements accessible aux familles
Parmi les coûts qui augmenteront pour les familles, ceux de la rénovation de leur logement. La Wallonie a diminué drastiquement le budget affecté aux aides en la matière et à Bruxelles, les primes sont suspendues, en l’absence de gouvernement. Selon le Baromètre des parents 2024, la priorité des familles pour lutter contre le dérèglement climatique était pourtant d’obtenir des aides à l’isolation sans devoir avancer l’argent. La Ligue des familles a passé en revue les insuffisances et inadéquations des primes et prêts à la rénovation existant actuellement pour les familles et proposé un dispositif d’aides plus accessible, stable, transparent, et adapté aux réalités des familles afin d’alimenter les futures décisions politiques en la matière.
Au rang des expériences concrètes, la Ligue des familles, soutenue par Bruxelles Environnement et Bruxelles Mobilité, a fait tester les voitures partagées à des familles bruxelloises pendant 2 mois. Cela a permis à la Ligue des familles et à son partenaire Way to Go d’identifier une série de mesures à mettre en œuvre pour adapter ces dispositifs aux familles avec enfants et en favoriser l’usage, comme l’augmentation de l’offre de voitures familiales et la mise à disposition de sièges enfant dans ces véhicules. Depuis, l’opérateur Cambio a annoncé la disponibilité de sièges enfants dans certaines de ces voitures, un premier pas à saluer.
La gratuité des fournitures scolaires élargie... manque le budget
Alors que les soutiens financiers aux familles étaient donc fortement sous pression, à l’automne 2025, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a pris de nombreuses décisions qui augmentent significativement les coûts d’accès à des services nécessaires pour les familles : hausse du coût des stages ADEPS, mise en place d’un droit d’entrée sur les Académies pour les enfants de moins de 12 ans, hausse conséquente du minerval pour 58% des étudiants du supérieur. Initialement, le gouvernement avait également décidé de supprimer la distribution gratuite des fournitures scolaires à tous les élèves de la 1re maternelle à la 3e primaire, pour la remplacer par un mécanisme d’aide matérielle ciblée vers les seuls “enfants qui en ont le plus besoin”. La Ligue des familles a immédiatement dénoncé la stigmatisation que cela générerait pour les enfants en situation de pauvreté et le caractère inapplicable de la mesure dans les écoles. La mobilisation de la Ligue des familles a fini par payer puisque le gouvernement a opéré un virage à 180°, finissant par décider, au contraire, l’extension de la gratuité des fournitures scolaires, pour tous les élèves, jusqu’en fin de 6e primaire. Une réelle avancée pour la Ligue des familles, mais qui se heurte à de profonds questionnements puisque le gouvernement divise par trois le budget prévu par élève pour assurer la distribution de ces fournitures.
En fin d’année, la Ligue des familles a tiré la sonnette d’alarme sur deux autres dossiers scolaires pour lesquels le portefeuille des parents va être durement mis à contribution : les difficultés d’encadrement et l’augmentation du coût des garderies scolaires dues à l’exclusion du chômage des travailleurs et travailleuses ALE, la hausse de la TVA sur les plats à emporter de 6 à 12% (qui concernerait les crèches, écoles, maisons de repos... fournies par un prestataire externe) et la suppression du dispositif de “repas scolaires complets, gratuits, sains et durables” à destination de 55 300 élèves d’écoles particulièrement défavorisées, via la réduction drastique du subside disponible (le budget par repas passera en moyenne de 3,70 € à 0,43 €). De ce fait ces repas deviennent dans les faits inorganisables alors qu’ils sont si bénéfiques pour la santé, le bien-être et les conditions d’apprentissage des enfants. Le travail reste en cours pour revenir sur ces décisions.
Mobilisation pour défendre les allocations familiales
Dans les entités fédérées aussi, l’année a été difficile pour les familles. Les allocations familiales ont fait l’objet de plusieurs pressions et mesures d’économies budgétaires tout au long de l’année 2025, contre lesquelles la Ligue des familles s’est vigoureusement opposée. Le gouvernement fédéral a tout d’abord décidé d’un report de d’indexation de deux mois pour toutes les allocations sociales, qui s’est appliqué aux allocations familiales. La Wallonie et Bruxelles auraient pu y remédier mais n’ont pas souhaité agir en la matière. L’ensemble des familles wallonnes et bruxelloises voient donc leurs allocations augmenter moins vite que le coût de la vie.
À Bruxelles, une majorité parlementaire MR, Engagés, N-VA, CD&V et Groen a en outre décidé de maintenir des allocations plus basses (de 12 euros par enfant et par mois) pour les enfants nés avant 2020, contrairement à ce qui avait été promis aux familles lors de la réforme des allocations familiales. La suppression des allocations familiales pour les enfants étrangers non européens a également été votée. Au mois d’octobre, alors que des négociations étaient en cours en vue de la formation d’un gouvernement à Bruxelles, la Ligue des familles a adressé aux responsables politiques un courrier cosigné par les organisations représentatives des familles, les syndicats bruxellois, les mutuelles et BRUXEO pour leur rappeler l’importance de préserver les allocations familiales de toute nouvelle économie et, si nécessaire pour en assurer la continuité de paiement, de transférer des moyens suffisants de la Région bruxelloise à la Commission communautaire commune (l’organisme en charge de ces allocations).
Du côté wallon, plusieurs médias se sont fait l’écho du risque que l’exécutif régional procède à des économies dans le budget dévolu aux allocations familiales. Une perspective inacceptable que s’est employée à combattre la Ligue des familles, et qui a permis, pour cette année au moins, d’éviter les mesures les plus drastiques. Reste que des économies y ont néanmoins été décidées : le durcissement des conditions pour maintenir le droit aux allocations familiales après 18 ans ainsi que pour les jeunes en situation de handicap, qui ne pourront plus cumuler des suppléments avec certaines allocations fédérales. Il est malheureusement probable que les allocations familiales soient à nouveau au cœur de l’actualité en 2026 ; la Ligue des familles se tient prête à défendre les droits des enfants et le seul soutien financier inconditionnel sur lesquelles les familles peuvent compter.
Objectiver les coûts de la séparation en vue de les réduire
Toujours dans le Baromètre des parents 2024, la séparation apparaissait comme synonyme de dégradation de la situation financière de la plupart des parents. En 2025, la Ligue des familles s’est dès lors attelée à estimer le coût d'un divorce ou d'une séparation, pour revendiquer une augmentation des seuils financiers d’accès à l’aide juridique et proposer la possibilité de divorcer à la commune.
33 communes actives pour les familles
Enfin, la Ligue des familles a initié en 2025 son projet « Communes actives pour les familles ». Elle a proposé à toutes les communes wallonnes et bruxelloises de prendre un certain nombre d’engagements en faveur des familles, à concrétiser au cours de la mandature communale actuelle. Pas moins de 33 communes, représentant un quart des familles wallonnes et bruxelloises, ont répondu présentes dans un premier temps – d’autres sont encore en train de les rejoindre. Selon les cas, elles s’engagent, par exemple, à ouvrir davantage de plaines de jeux, à proposer des horaires de services communaux plus accessibles aux parents, à créer plus de places en crèche ou encore à offrir de la soupe chaque jour dans les écoles. Des changements très concrets pour les 210.000 familles avec enfants vivant dans ces localités, dont la Ligue des familles suivra la mise en œuvre année après année.