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La prime de rentrée : une goutte d’eau dans l’océan des frais scolaires

La prime de rentrée : une goutte d’eau dans l’océan des frais scolaires

Chaque année début aout, les comptes en banque des parents reçoivent un petit coup de pouce pour préparer la rentrée scolaire : la prime de rentrée scolaire, ou supplément d’âge annuel.

La Ligue des familles a eu l’occasion de rappeler dans le Soir combien cette aide est nécessaire, mais bien maigre : 25 à 106 € dépendant de la région et de l’âge de l’enfant, quand le cout d’une rentrée scolaire peut atteindre 152 € en début de primaire, 300 € à partir de la 4e primaire, et même 700 à 800 € en secondaire général – sans compter les surcouts pour la moitié de la population scolaire qui, à partir de la 3e secondaire, prend le chemin de l’enseignement qualifiant.

Parce que catégorie de cout par catégorie de cout, la rentrée chiffre cher : rachat d’un cartable et plumier si le précédent est à remplacer, petit matériel scolaire pour tous les élèves qui dépassent la 3e primaire (jusqu’à la 3e, c’est distribué gratuitement par l’école), mais aussi affaires de sport, nouvelles chaussures, livres et manuels éventuels, ordinateur en secondaire (90% des écoles le rendent désormais nécessaire aux apprentissages)… sans compter les frais durant l’année scolaire à anticiper : frais d’excursions, de voyages, garderie pour les plus jeunes, repas de midi, et extrascolaire. Et plus on a d’enfants, plus dure est la rentrée.

Pas étonnant donc que le dernier baromètre des parents constate que deux parents sur trois vivent des difficultés financières du fait des frais de scolarité. La rentrée scolaire est un moment particulièrement stressant, et financièrement, et en termes de charge mentale de préparations et d’achats de fournitures, une tâche qui repose particulièrement sur les épaules des mères. C’est qu’il faut parfois jongler entre plusieurs listes de fournitures, courir entre plusieurs magasins, comparer les prix quand la bourse est serrée… certains parents habitant près de la frontière française la traversent même pour trouver "la" bonne occasion.

Rentrée scolaire ne devrait pas rimer avec "difficultés financières" et "mamans par terre". Depuis 1914, l’enseignement obligatoire est censé être gratuit et depuis les années 1980 c’est même un droit fondamental théoriquement protégé par des conventions internationales ratifiées par la Belgique, et par notre Constitution…

Cette gratuité ne signifie pas que l’école ne coute rien : elle signifie que le contrat social constitutionnel lie les impôts de chaque Belge au bénéfice par ses enfants d’une école totalement gratuite. Si les parents paient une première fois leurs contributions fiscales, ils ne devraient pas avoir à payer une seconde fois au moment de la fréquentation. La Flandre d’ailleurs l’a bien compris et assure la gratuité des fournitures scolaires pour tous les enfants de la 1re maternelle à la 6e primaire. De son côté, la Fédération Wallonie-Bruxelles, traine, et a des décennies de retard en la matière…

Depuis 2019, à l’impulsion de Marie-Martine Schyns (Les Engagés) puis poursuivi par Caroline Désir (PS), un changement de paradigme s’opère dans l’école : petit à petit, l’achat du petit matériel scolaire - contenu du plumier et du cartable - passe des parents à l’école. Un bénéfice pour tous, d’après une récente et très solide évaluation réalisée par l’Inspection scolaire : réduction de couts du fait d’économies d’échelles, bonne application de la loi et utilisation des budgets par 93% des écoles, positif pour l’égalité des chances, amélioration de la qualité du petit matériel scolaire à disposition des enfants, capacité des écoles d’organiser des activités de meilleure qualité et amélioration de la relation parents-écoles. Et même potentiellement pour la planète, si l’école achète du matériel avec des critères de durabilité et qu’elle s’organise pour le réutiliser d’année en année.

Hélas, alors que les budgets nécessaires étaient disponibles, le gouvernement MR-Engagés a décidé de geler la progression du système à la 3e primaire, le temps d’une deuxième évaluation. Conséquence : 56 000 élèves entrant en 4e primaire dans deux semaines sortent du système qu’ils avaient toujours connu. La liste de rentrée de leurs parents s’alourdit désormais du petit matériel nécessaire, et financièrement, cette rentrée leur coute en moyenne 104 € plus cher.

Autre coup dur pour les parents : jusqu’à présent, la Ministre Glatigny a suspendu l’Inspection des frais scolaires, qui organisait des visites proactives systématiques dans les écoles pour les accompagner dans le respect de la loi et partager les bonnes pratiques. Les parents ont pourtant besoin de ce service pour assurer le respect de leurs droits. 

La Ligue des familles continuera d’agir pour que les questions financières ne polluent plus la relation entre les parents et l’école.

Courage à toutes les mères et pères qui préparent déjà cette rentrée !