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À La Louvière, Marche-en-Famenne, Jette, Gosselies ou Chaudfontaine, nous avons eu la chance d’animer, avec les CPAS partenaires, des groupes de mamans solos dans le cadre du projet Miriam.
L’objectif de ce projet est de renforcer l’émancipation des mères en situation de monoparentalité bénéficiant du revenu d’intégration. Ces espaces, pensés pour elles, avec elles, sont rapidement devenus des espaces d’émancipation dans lesquels leurs paroles sont accueillies avec confiance, sans jugement. Ils sont devenus des refuges, des tremplins, des lieux de convivialité et d’empowerment.
Les assistantes sociales des CPAS partenaires coaniment ces rencontres avec nous. Cette collaboration permet un pont précieux entre les démarches individuelles et l’émancipation collective. Ce qu’on entend dans ces rencontres ? « Je suis une maman qui gère seule. » « Être maman, c’est être une super héroïne. » Au fil des rencontres, nous avons parlé de parentalité, de fatigue, de charge mentale, de solitude, d’estime de soi, de violence. « Je suis maman solo, évidemment que... Je n’ai pas le droit à l’erreur. J'ai le droit de dire non. Je n’ai pas le droit de tomber malade. Je galère. » Mais en filigrane de toutes ces discussions et ces activités, il s’agit surtout de prendre conscience de ses droits et d’apprendre à les revendiquer.
C’est là le coeur de métier des chargées de projets en éducation permanente de la Ligue des familles : créer des espaces où la parole circule, où l’expérience individuelle devient réflexion collective, où ce qui semblait ‘normal’ peut être questionné. « Aujourd’hui, je n’ai plus peur de me défendre. Avant, je ne savais pas quoi répondre. Maintenant, je connais mes droits. » « Je ne savais pas que si un médecin refusait de m’avorter j’étais en droit d’aller consulter ailleurs. » Au fil des animations, ces femmes reprennent confiance, posent des mots sur ce qu’elles vivent, et affirment qu’elles ont le droit d’être écoutées, respectées, protégées – en tant que mères, mais aussi, et surtout, en tant que femmes. « En tant que maman solo de La Louvière, évidemment que j’ai le droit de me maquiller (ou pas), de prendre soin de moi et surtout m’accepter telle que je suis ». « J’ai besoin d’amour – ça me manque d’avoir un partenaire et je veux voir s’il existe quelqu’un qui en vaille la peine ».
Les rencontres ont permis de créer du lien dans des contextes parfois marqués par la méfiance ou l’isolement. Ce que nous avons vu, semaine après semaine, c’est l’émergence d’une solidarité douce, d’une parole qui se politise. « Si j’avais eu une vraie autonomie financière et s’il existait un statut ’parent au foyer‘, j’aurais pu faire des choix pour moi, pas juste survivre. Peut-être que je serais déjà partie depuis longtemps. » « Pour moi, c’est important que les besoins des mamans solos soient considérés dans les mesures et dans les projets du gouvernement ».
Et pourtant, aujourd’hui, nous apprenons que les subsides fédéraux ont été coupés. Si certains CPAS tentent de maintenir les projets sur fonds propres, beaucoup n’en ont pas les moyens. Pour nous, cette décision est brutale et injuste. Elle nie la portée transformatrice de ces espaces. Elle abandonne, à nouveau, des personnes qui ont déjà tant donné. En tant que chargées de projets en éducation permanente, nous affirmons ceci : ces groupes ne sont pas un luxe, ni une option. Ils sont essentiels. Ils permettent à des femmes d’exister pleinement, de comprendre qu’elles ne sont pas seules, de poser des mots sur leur réalité. Les faire disparaître, c’est faire taire une parole en train de naître. Nous continuerons à faire vivre, par nos récits, leur courage. À défendre leur droit à être écoutées, soutenues, respectées. Le projet Miriam n’est pas juste un projet. C’est une nécessité.