Actualités
Interview de Josseline Tomsin
Dans le quartier populaire de Kinkempois à Angleur, un partenariat a vu le jour il y a trois ans avec pour but, lutter contre l’isolement des parents. Les « Rendez-vous du mercredi » accueillent les parents avec leurs enfants. Dans ce cadre sécurisant on ose dire tout haut ce qu’on cache souvent et ont créé des liens riches et libérateurs. Rencontre avec Josseline Tomsin, Chargée de projet et formatrice à la Ligue des familles, l’une des chevilles ouvrières de ce projet pas comme les autres.
Comment tout a commencé
À la base, l’idée est venue d’un appel à projets lancé il y a 3 ans, pour « rompre l’isolement des familles monoparentales ». Comme je donnais déjà des cours de français langue étrangère dans le quartier, L’ONE d’Angleur m’a demandé d’accompagner ce projet. Par la suite, nous avons été également rejoints par le Relais familles mono. A trois, nous avons voulu offrir aux parents du quartier un moment pour souffler, se poser, pour parler, échanger et s’échapper de leur quotidien. Les rendez-vous du mercredi ont lieu deux mercredi par mois.
Concrètement, qu’est-ce qu’elles trouvent dans ce projet ?
Elles trouvent surtout un endroit où elles peuvent souffler. Pendant deux heures trente, tous les quinze jours, elles déposent leurs enfants — gardés par des baby-sitters formés — et peuvent juste… être elles-mêmes. Certaines mamans vivent des situations très dures, parfois même de la violence, ou n’ont personne autour d’elles. Ces moments sont essentiels pour elles, et pour les enfants aussi, qui apprennent à se détacher un peu de leur maman, à se socialiser avec d’autres enfants et à s’habituer à d’autres adultes et endroits.
Qu’est-ce qui t’a marquée au fil des rencontres ?
Tout d’abord, nous avons vu que ce sont surtout des mamans qui participent. Rien dans notre approche n’exclue les papas mais nous constatons souvent que ce sont les mamans qui pensent à profiter de ce type de moments solidaires.
Très vite, on s’est rendu compte également que beaucoup d’entre elles, vivaient exactement les mêmes galères : solitude, charge mentale, manque de soutien… Certaines, bien qu’elles soient en couple, se sentent quand même terriblement seules. Ça touche tout le monde, peu importe l’origine ou l’âge, même si les mamans d’origine étrangère qui sont éloignées de leur famille sont parfois plus affectées.
Que leur apportent ces rendez-vous bimensuels ?
Ces femmes ont compris qu’elles n’étaient pas seules à galérer. Certaines se sentaient coupables parce qu’elles n’avaient pas pris de temps pour elles depuis deux ans — même pas pour aller chez le dentiste ou le gynéco, le coiffeur ! Petit à petit, des liens forts se sont créés : maintenant, certaines partent même en vacances ensemble ou organisent des soirées jeux de société. C’est fou comme les femmes se sont soudées ! On a vu naître un vrai réseau de solidarité.
Le but de ces moments est-il seulement d’offrir un espace à la parole ?
Bien évidemment, pour inciter des personnes à parler et à se raconter, il ne suffit pas de les amener à s’asseoir sur une chaise et de leur proposer une boisson. Nous lançons des sujets d’échange qui leur permettent de parler de leur quotidien. Par exemple, cette semaine nous avons échangé sur la question, oh combien d’actualité « comment s’organiser maintenant que l’école est finie ». Ça permet de partager des infos sur les activités à proximité, des idées de sortie ou des façons de faire.
Nous avons aussi créé un potager qui a un vrai succès. Mettre les mains dans la terre c’est une autre manière de se détendre et de faciliter le bavardage. De plus, les fruits et les légumes sont donnés aux familles, une nouvelle façon de nouer des liens et de partager des idées.
Un autre projet singulier a été mené qui a abouti à une expo au B3 de Liège
Oui, l’idée de cette expo est venue tout naturellement. Les mamans ont constaté leurs difficultés communes et se sont dit : « On ne nous a jamais dit tout ça il faut qu’on en parle aux autres ! ». Ainsi, le titre de l’expo était tout trouvé : ON NE NOUS AVAIT PAS DIT ! L’idée, c’était de montrer la réalité brute : la fatigue, les tabous, les pensées qu’on n’ose pas dire à voix haute. On a récolté des témoignages très forts, pris des photos, fait même une main géante, de plus d’un mètre, en papier mâché qui symbolise le soutien mutuel. Au final, certaines ont voulu adoucir leur message, qui était parfois par trop brutal et douloureux… mais le fond reste là : les échanges nourris de mercredi en mercredi leur donnent envie de briser le silence.
Et entre les rencontres, elles restent en lien ?
Oui, ça marche super bien ! Plus de 40 mamans sont passées par nos rencontres du mercredi. Elles ont créé un groupe WhatsApp où des messages sont échangés quotidiennement. Menus services, objets à donner, recherche d’info. Il y a même avec un mot secret qui signifie « J’ai besoin d’aide », et quand il est utilisé il y a toujours quelqu’un pour répond. C’est devenu un vrai réseau d’entraide : elles s’échangent des infos, se donnent des coups de main, se retrouvent au parc… Même celles qui ne viennent plus aux rencontres gardent le lien.
Quels sont tes espoirs pour la suite ?
J’espère qu’on pourra continuer, même si ce n’est pas simple : il faut financer les baby-sitters, trouver des soutiens… On vit de petits coups de pouce : la Fondation Roi Baudouin, la ville de Liège, le Rotary… mais ce n’est pas assez. Pourtant, ce projet prouve qu’il répond à un vrai besoin. Les mamans le disent : sans ça, elles resteraient isolées. Alors on fait tout pour que ce lieu de respiration et de solidarité existe encore longtemps.
Vote soutien est précieux !