Prise de position
Ce lundi 16 mars, le projet de loi sur l’indexation des salaires sera soumis aux parlementaires. Le gouvernement a décidé que la partie de salaire dépassant 4000€ bruts/mois (2600€ nets) ne serait plus indexée. Mais attention : cela concerne les temps pleins ! Pour une personne à mi-temps par exemple, il n'y aura plus d'indexation du salaire à partir de 2000€ bruts par mois seulement. Pour nos organisations, cette mesure pénalise tout particulièrement les femmes, qui ont dû diminuer leur temps de travail pour s'occuper de leurs enfants ou de proches dépendants, et/ou pour qui le temps partiel est subi et involontaire.
Le gouvernement fédéral a décidé un plafonnement de l'indexation. Au-delà de 4000 € bruts par mois, soit environ 2600 € nets par mois, il n’y aura plus d’adaptation du salaire à l'augmentation du coût de la vie.
Il justifie cette mesure par le fait qu’elle toucherait les 50% des salaires les plus élevés. Mais nos organisations s’inquiètent : cette modération touchera également des plus petits salaires, dès lors que les personnes ne travaillent pas à plein temps. Le seuil de 4000€ de salaire brut (ou 2600€ de net) évoqué par le gouvernement est celui pour un équivalent temps plein. Ce plafond s’adaptera automatiquement quand le contrat est en temps partiel, au prorata de ce temps partiel. Ainsi :
- pour une personne travaillant à 4/5e, l’indexation de son salaire sera freinée à partir de 3200 € brut par mois.
- pour une personne travaillant à mi-temps, il n’y aura plus d’indexation au-delà de 2000 € bruts par mois.
- etc.
Les mères, premières concernées
Nos associations dénoncent une mesure qui va particulièrement cibler des femmes qui ont dû limiter leur temps de travail pour s’occuper de leurs enfants ou de personnes dépendantes. 40,5% des femmes salariées travaillent à temps partiel, pour 12,8% des hommes salariés (source : Statbel). Doit-on rappeler que la charge de l’entretien et l’éducation des enfants est encore très mal répartie et qu’avoir des enfants cristallise les inégalités de genre, de temps de travail, de salaire, de pension ? Ainsi, selon le Baromètre des parents 2024 de la Ligue des familles, 61% des femmes rapportent qu’il est difficile de travailler à temps plein quand on a des enfants, contre 37% des hommes.
Cette question est tout particulièrement aiguë aujourd’hui pour les jeunes parents, vu la pénurie croissante de places en crèche. 23% des parents doivent aujourd’hui réduire ou arrêter leur activité professionnelle, faute d’avoir trouvé une place. Lorsque l’enfant ne va pas en structure d’accueil, dans 53% des cas c’est la mère qui réduit ou arrête son activité professionnelle, dans 19% c’est le père (et dans les autres cas c’est un grand parent ou autre proche qui s’occupe de l’enfant).
D’autre part, pour de nombreuses femmes, travailler à temps partiel résulte d’une contrainte plutôt que d’un choix. Dans les secteurs qui emploient en majorité des femmes (nettoyage, soin,…), le travail à temps partiel est structurel, et, d’après des enquêtes du Conseil de l’Égalité des chances entre Hommes et Femmes, la plupart des salariées le subissent de manière involontaire.
En ce mois de lutte pour les droits des femmes, entériner une modération de salaires qui affectera tout particulièrement les femmes et les mères serait un signal déplorable. Ce projet n’est pas encore voté : les organisations de défense des droits des femmes et des familles appellent le gouvernement fédéral à une analyse genrée préalable à toute poursuite de la discussion sur ce dossier.
Signataires
- La Ligue des Familles
- Conseil des femmes francophones de Belgique
- Vrouwenraad
- CSC - ACV
- FGTB - ABVV
- Marche mondiale des femmes – Wereldvrouwenmars
- Collecti.e.f 8 maars
- Vie Féminine
- Soralia
- Ella - kenniscentrum gender en etniciteit
- ZIJkant
- Femma
- Furia
- Zelle
- Rebelle