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La Ligue des familles propose des ateliers de Français Langue Étrangère pour les adultes depuis longtemps. Parent ou pas, l'apprentissage de la langue nous parait fondamental pour l'intégration. Josseline Tomsin anime les cours de français langue étrangère (FLE) pour la Ligue des familles à Liège depuis bientôt 10 ans. Elle nous parle des spécificités de ces cours dont le succès ne se dément pas.
Comment cette aventure a-t-elle commencé ?
Tout a démarré en 2016. À ce moment-là, nous étions quelques associations à constater une demande énorme de la part de personnes étrangères vivant dans les quartiers d’Angleur et de Sclessin. Beaucoup d’entre elles avaient envie et besoin d’apprendre le français, mais ne trouvaient pas de cours accessibles dans leurs quartiers. Grâce au Centre Culturel Ourthe et Meuse, on a pu trouver des locaux gratuits. Un bel élan d’énergie et de solidarité a été nécessaire pour lancer les premiers ateliers FLE de la Ligue des familles à Liège.
Comment organisez-vous concrètement les cours ?
On fonctionne par petits groupes, de 8 à 15 personnes, les cours durent 9 heures par semaine, réparties sur trois demi-journées de septembre à juin. Nous veillons bien entendu à ce que les parents soient disponibles pour leurs enfants pendant les congés scolaires. Nous ne donnons pas d’ateliers le mercredi après-midi non plus. Nous avons une pédagogie très dynamique et variée. On s’appuie sur des situations de la vie réelle : aller chez le médecin, prendre un rendez-vous, prendre un bus, écrire à l’école, comprendre une facture, etc. On utilise aussi beaucoup de jeux de rôles, d’images et de vidéos.
Quels sont les profils de vos apprenants ?
Très variés ! On a des personnes de 18 à 65 ans, originaires de nombreux pays et continents : Érythrée, Irak, Iran, Russie, Turquie, Mongolie, Jordanie, Géorgie, Bulgarie, Syrie, Ukraine, Maroc, Congo, Pakistan, etc. Certains sont arrivés récemment, d’autres vivent ici depuis plusieurs années.
Il y a trois types de profil chez nous : les “alpha”, qui n’ont pas été scolarisés dans leur pays d’origine ou très peu et apprennent à lire et à écrire pour bien souvent la première fois ; les débutants scolarisés, qui connaissent l’alphabet mais qui ne connaissent absolument pas notre langue et les intermédiaires, capables de se débrouiller à l’oral mais en difficulté à l’écrit.
Nous faisons passer un petit test à leur arrivée pour les orienter vers le groupe correspondant à leur profil, ce qui nous permet d'être plus efficaces pendant les ateliers.
Vous aviez aussi mis en place des cours de citoyenneté…
Oui, pendant un certain temps, nous proposions des ateliers de citoyenneté dans le cadre du parcours d’intégration obligatoire. Ces cours abordaient les droits et devoirs en Belgique, les institutions, la santé, le logement, la vie quotidienne, le travail. Pour une question d’organisation, nous avons préféré nous recentrer sur l’apprentissage du français, notre cœur de mission. Aujourd’hui, d’autres associations prennent le relais pour les 60 heures de citoyenneté prévues par le parcours d’intégration.
Qu’est-ce qui les motive à venir ?
Les motivations sont très concrètes. Les apprenants aspirent à s’intégrer : comprendre le courrier administratif, parler avec les enseignants de leurs enfants, leurs voisins, réussir un entretien d’embauche, suivre une formation. Certains doivent justifier, entre autres, de 400 heures de cours de français pour obtenir la nationalité belge ou valider leur parcours d’intégration. D’autres viennent tout simplement parce qu’ils en ont envie et en éprouvent le besoin. Il y a beaucoup de mamans seules, bien souvent sans permis de conduire, qui vivent dans des conditions précaires. Seules, sans famille ni amis, les cours deviennent alors un espace social, un lieu où elles respirent, échangent et reprennent confiance en elles.
Vous êtes souvent témoin de parcours de vie difficiles…
Oui, et ça fait partie du travail, c’est parfois prenant émotionnellement. On entend des récits de guerre, de fuite, de séparation familiale, de violences. Il arrive bien souvent que nos participants soient très mal logés. Il leur est difficile de trouver un logement et encore plus un logement sain. D’autres sont en attente de régularisation, sans droit au travail, parfois aussi en centre d’accueil. Malgré cela, ils ne manquent presque jamais un cours. Certains viennent après une nuit de travail. Par contre, beaucoup trop de mamans ne peuvent pas venir suivre les cours par manque de place dans les crèches. Le courage de ces hommes et de ces femmes m’impressionne tous les jours.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Le plus grand de mes espoirs serait de pouvoir ouvrir des cours où les mamans pourraient venir avec leurs enfants. Ceux-ci seraient accueillis par des personnes formées à la petite enfance dans un lieu sécure qui leur serait réservé. Ce serait également, pour ces enfants, un moyen de rencontrer d’autres enfants et de se préparer tout doucement à la séparation d’avec leurs parents pour, plus tard, entrer à l’école.
Nous mettons tout en œuvre pour répondre aux conditions d’agrément, ce qui assurerait la continuité de ce beau projet.
Début novembre 2025, nous proposerons des ateliers sur la parentalité. Ce lieu permettra aux parents de se rencontrer et d’échanger sur des thématiques concernant la parentalité. Ils pourront participer à ces rencontres tous les lundis matin et pourront y assister avec leurs enfants qui ne seraient pas en âge d’être scolarisés. Ces ateliers seront également ouverts aux parents qui ne participent pas à nos ateliers FLE.
Nous essayons aussi de participer à des activités culturelles : sorties au musée, expositions, fêtes du quartier, il nous semble important de participer à ce genre d’activités car elles renforcent la confiance et donnent du sens à l’apprentissage et à leur intégration. En fin de compte, on ne transmet pas seulement une langue : on accompagne des personnes vers plus d’autonomie, de dignité et de lien social. C’est ça, le cœur de notre mission à la Ligue des familles.