Analyses et études

L’école plus coûteuse encore... et les enfants en paient le prix

Le 10 octobre, le gouvernement Degryse a annoncé son intention de réserver la distribution gratuite des petites fournitures scolaires (jusqu’alors offertes à tous les élèves de la 1re maternelle à la 3e primaire) aux seules familles en difficulté financière. Pour les autres, le coût de la rentrée augmenterait en moyenne de 104 € par élève, ce qui pèserait lourdement sur les familles. La Ministre Glatigny souhaite confier aux écoles la tâche délicate d’identifier les élèves concernés, ce qui ne pourra qu’entrainer la stigmatisation des enfants défavorisés, recevant le matériel standardisé de l’Etat pendant que les autres sont fournis par leurs parents.

En septembre (soit avant la décision du gouvernement), la Ligue des familles avait enquêté auprès des parents sur leur vécu de la rentrée scolaire. L'éventualité d'une fin de la gratuité des fournitures et de son remplacement par un mécanisme accessible à certains enfants seulement y était évoquée. Nous avions voulu connaître l’avis des parents à propos de l’hypothèse de réserver la distribution par l’école du petit matériel scolaire aux enfants de familles pauvres. 1135 parents ont participé à cette enquête dont 857 y ont répondu intégralement. Les résultats montrent un rejet massif de la mesure :

  • 9 parents sur 10 préfèrent une distribution universelle du matériel scolaire et refusent une distribution ciblée sur les seuls enfants les plus en difficultés
  • Les inquiétudes principales concernent la stigmatisation des élèves qui recevraient les crayons de l’Etat, une nouvelle hausse du coût de la rentrée pour les familles de la classe moyenne, la complexité administrative d’un système ingérable pour les écoles et la dégradation des relations entre écoles et familles.
  • Les familles, quel que soit leur revenu, défendent le principe d’une égalité entre tous les élèves.

Par ailleurs, les parents rappellent que la gratuité scolaire est un droit fondamental reconnu par les traités internationaux, mais encore non respecté en Fédération Wallonie-Bruxelles, contrairement à la Flandre.

La Ligue des familles rappelle que la gratuité scolaire universelle coute très peu aux pouvoirs publics (4 millions € par année d’études concernée, soit 0,03  % du budget) du fait des importantes économies d’échelle qu’elle permet, les écoles achetant le petit matériel en gros. En supprimant cette gratuité en primaire et réallouant une partie de son budget autrement aux établissements, le gouvernement ne réalise pratiquement pas d’économies, pour un bouleversement général du système. Ce vendredi, le gouvernement a annoncé 200 millions € de dépenses nouvelles dans d’autres politiques. Le maintien — voire l’extension — de la gratuité du matériel scolaire pour tous les élèves est donc tout à fait financièrement possible : c’est un choix politique.