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L'habitat permanent concerne en Belgique quelques 62 000 personnes. Il peut prendre des formes très diverses : yourte, tiny house, caravane, mobil home.... Ces logements légers mobiles ou réversibles, peuvent aussi être installés sur des terrains appartenant aux habitants ou bien loués. Ils sont parfois installés dans des zones habituellement consacrés au tourisme. Parfois l'habitat léger répond à une envie de mener une vie différente, parfois il s'agit d'un choix financier pragmatique face au coût du logement.
Ce que ses habitants ont en commun : une grande incertitude quant à leur statut, leurs droits, leurs devoirs, et une grande difficulté à être reconnus dans leur spécificité. Ceci les fait vivre avec un sentiment d'insécurité, la peur d'être à tout moment expulsés ou empêchés de vivre comme ils l'entendent. C'est pour lutter contre cette situation qu'a émergé un collectif qui s'est donné comme nom Damoclès. Comme l'épée qu'ils ont l'impression d'avoir sur la tête.
L'histoire de Damoclès commence en 2015. En 9 ans, le statut de l'habitat permanent a beaucoup évolué. Aujourd'hui, c'est le moment de faire le bilan. Le 12 novembre, le collectif a présenté une BD et d'un fascicule informatif. Le fruit d'une collaboration avec l'artiste Ignasi Carbonell et d'une décennie d'engagement.
Comprendre la législation, faire entendre ses revendications
Le premier évènement organisé par le collectif était un ciné-débat « parole d’habitant » en 2017, puis le collectif a participé au festival Tempo color à Liège pour faire connaitre l’habitat léger. Le collectif s’est également formé aux normes de salubrité. Ainsi, chacun peut avoir une idée précise de ce qui est obligatoire, ce qui peut être exigé… ou pas.
Le décret Daudrimont du 17 décembre 2017, permet de convertir, sous certaines conditions, les zones de loisirs concernées par le phénomène de l'habitat permanent en « zones d’habitat vert ». Ce statut met un terme à l’insécurité juridique entourant l’occupation permanente, il formalise la domiciliation et, plus généralement, améliore la qualité des domaines existants. En 2018, trois parlementaires ont rendu un rapport sur l’habitat léger. Le collectif s’est approprié ce rapport en l’étudiant en détail pour en comprendre tous les tenants et aboutissants.
En mars 2018, l’administration a adressé un courrier à 26 communes qui adhéraient au plan habitat permanant afin de confirmer leur volonté ou non de mettre en œuvre cette procédure de reconversion. Sur cette base, 12 communes ont rentré un dossier comprenant une demande de reconversion concernant un total de 35 sites. 168 sites auraient pu être éligibles, ce qui montre que le nombre de communes qui se sont lancées dans la démarche est limité.
En effet, pour développer une zone d’habitat vert, les communes doivent adapter la voirie mais aussi les réseaux d’eau et d’électricité et le traitement des eaux usées doit également être adapté.
En 2018 un focus group pour l’étude juridique de l’habitat léger a été fait auquel le collectif a participé. C’est également cette année que le collectif a créé des ponts entre le collectif et le réseau Wallon du droit au logement et avec d’autres organisations locales qui œuvrent pour un logement de qualité pour tous. Ensemble, ils ont découvert le décret sur les zones d’habitation vertes qui était très flou et posait plus de questions qu’il n’apportait de réponses. Ce flou et cette place laissée à l’interprétation faisait que le décret n’apportait pas de certitude pour le groupe.
Lancement du collectif et apparition de la notion d'habitat léger permanent
Lancé en septembre 2015 à Barvaux avec l'ASBL le miroir vagabond, le collectif a tout d'abord mené 2 cycles d’animations autour de l’habitat léger. Ces animations et leur contenu étaient directement inspirés par l’expérience des personnes qui vivaient dans une habitat léger. L'année suivante, la notion d’habitat léger permanent a émergé et a donné lieu à un colloque à Durbuy, qui a réunion quelques 1000 personnes.
L’enjeu principal était la gestion de l’espace et la répartition entre les logements permanents et les logements de vacances. Certaines communes refusaient ainsi la domiciliation pour des habitants, alors que ce n’est pas légal. Mais une méconnaissance du cadre et de la législation empêchait ses personnes d’exercer pleinement leurs droits. Ainsi, entre autre actions, le bourgmestre a été interpellé.
L'objectif du collectif Damoclès est triple :
- Revendiquer le droit d’habiter autrement aux niveaux local et régional ;
- Informer les ménages qui vivent en zone HP sur leurs droits ;
- Déconstruire les préjugés qui touchent encore trop souvent ces personnes.
Vers une reconnaissance
En 2019, enfin, l’habitat durable est enfin reconnu. Une année à marquer d’une pierre blanche pour la petite équipe. En mai 2019, le collectif Damoclès a participé aux 1ères rencontre internationales de l’habitat alternatif et léger (RIAL) pour partager son expérience. Finalement en 2020 une liste de 17 sites, recouvrant 366 hectares et localisés au sein de 8 communes, ont été retenus.
C’est également l’année où le groupe a rencontré Ignasi qui a pu raconter en images cette aventure avec ses héros ordinaires qui ont dû se battre pour vivre comme ils l’entendent. Le scénario a été fait dans le partage. Pour présenter d’une manière ludique tous les enseignements qui ont été si longs à trouver et toutes les informations utiles pour ceux qui opteront pour l’habitat léger.
La BD est complétée par un fascicule informatif qui fait le point sur 4 thématiques fondamentales : les assurances, la domiciliation, les aides et primes et la succession. L'ensemble est mis à disposition gratuitement en ligne.