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Un groupe d’experts et expertes mandatés par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a sorti un rapport déterminant des pistes d’économies possibles. Parmi elles, une mesure qui pourrait augmenter le coût des crèches pour les parents.
Il est important de préciser en préalable que ce ne sont que des pistes d’économies élaborées par un comité d’experts. La décision politique, c’est-à-dire les arbitrages entre ces pistes d’économies, doit encore intervenir : rien n’est fait. La Fédération Wallonie-Bruxelles fait certes face à des défis financiers importants, mais c’est au gouvernement maintenant de déterminer quelles sont les politiques essentielles à préserver. Pour la Ligue des familles, l’accessibilité financière aux crèches en fait évidemment partie.
Ce dont on peut se réjouir, c’est que ce rapport d’experts relève, tout comme la Ligue des familles, la situation dramatique du manque de places en crèche (1700 places perdues en 4 ans), l’angoisse que cela génère pour les familles et les problèmes en cascade que cela pose pour l’emploi des parents et des femmes en particulier.
Un financement public des crèches, oui, mais celles à tarifs accessibles
Par contre, il pointe comme seule piste pour créer de nouvelles places un financement public des crèches non subventionnées. Et là, la Ligue des familles est très vigilante : oui, il faut investir dans de nouvelles places en crèche, c’est une urgence absolue, mais dans des places à tarifs accessibles.
Il ne pourrait être question, pour elle, de consacrer de l’argent public à des crèches qui demandent 800 ou 900 euros par mois à toutes les familles. Des mesures de soutien aux crèches actuelles à tarif libre, qui sont c’est vrai en difficulté, oui, mais pas un financement public massif et récurrent à des places qui ne sont pas financièrement accessibles à tous les parents.
20 millions de plus à payer pour les crèches par les parents ?
Parmi les pistes d’économies suggérées en matière d’accueil de la petite enfance, c’est la suivante qui attire en particulier l’attention de la Ligue des familles. Actuellement, les parents qui ont un enfant dans une crèche dont les tarifs dépendent des revenus paient à la journée. Si leur enfant est malade, en vacances ou s’il ne va pas à la crèche pour une autre raison, les parents ne paient pas. Les experts proposent de remplacer cette facturation à la journée par un forfait mensuel.
On peut tout à fait comprendre la logique de cette proposition : il est difficile pour une crèche de gérer des rentrées financières qui fluctuent de mois en mois ; c’est aussi lourd administrativement. S’il était question de lisser le paiement des parents sur l’année, sans augmenter le coût moyen pour chaque famille, la Ligue des familles pourrait s’associer à cette logique. En tout cas si cela ne concerne pas les familles qui ont actuellement un enfant en crèche, afin de ne pas changer les règles en cours de route pour les parents.
Mais ici, les experts attendent une recette supplémentaire de 20 millions € grâce à cette mesure. Cela signifierait en pratique que les familles devraient payer davantage, on ne parle donc pas d’un simple lissage ! Cela, la Ligue des familles ne peut aucunement le soutenir. Le coût de la crèche est déjà très élevé pour les familles.
Le comité propose certes une réduction de la contribution des parents qui ont les revenus les plus faibles en contrepartie. Il faut noter qu’une réforme diminuant le tarif pour les familles à bas revenus et l’augmentant pour celles aux plus hauts revenus vient déjà d’être mise en place début de cette année. Actuellement, la crèche est gratuite pour les familles bénéficiaires de l’intervention majorée (BIM), puis le coût augmente petit à petit en fonction des revenus des parents. Evidemment la Ligue des familles ne peut que soutenir une diminution du tarif pour les familles qui se trouvent au-dessus de ce seuil mais ici, ce qui est proposé, ce sont à nouveau des transferts entre familles, c’est-à-dire que les familles de la classe moyenne devraient payer davantage. Les crèches dont les tarifs dépendent des revenus, par exemple les crèches communales, peuvent déjà coûter jusqu’à 900€ par mois aux parents aujourd’hui. Nous ne pensons pas qu’on peut encore aller au-delà sans impacter très négativement l’emploi des femmes, ni d’ailleurs la finançabilité des crèches subventionnées, qui comptent sur les contributions plus élevées de ces parents.
Pas de budget supplémentaire pour augmenter le taux d’encadrement ?
Le comité d’experts propose enfin de renoncer au budget de 106 millions € prévu pour augmenter le taux d’encadrement dans les crèches, fixé actuellement à une puéricultrice pour 7 enfants, à 1,5 puéricultrice pour 7 enfants.
Les experts font le constat que sur le terrain, le taux d’encadrement est déjà en réalité de plus de 1,7 puéricultrices pour 7 enfants en moyenne, grâce notamment au financement des communes. Il est certain que si le financement de la Fédération Wallonie-Bruxelles vient remplacer celui des communes, cela ne va pas changer fondamentalement la situation pour les familles. Toutefois, c’est seulement en augmentant le taux d’encadrement au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles qu’on pourra s’assurer qu’il est bien d’application dans toutes les crèches. C’est une mesure importante pour les conditions de travail des puéricultrices et donc pour la qualité de l’accueil des enfants.
Les experts envisagent enfin une mesure d’économie relative aux projets informatiques de l’ONE.