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Baromètre des parents : ce si difficile équilibre

Le Baromètre des parents, un outil précieux

Comme tous les deux ans, la Ligue des familles publie son Baromètre des parents. Diffusé en partenariat avec Le Soir et la Rtbf, il renseigne une mine d'information sur l'état et l'évolution des familles en Belgique. A quoi ressemblent les familles aujourd'hui ? Est-ce qu'elles sont plus ou moins mariées, nombreuses, recomposées...? Surtout, le Baromètre permet d'en savoir plus sur leurs difficultés, revendications et préoccupations : quels sont leurs moyens ? les parents trouvent-ils facilement des places en crèches ? des activités extrascolaires ? est-il facile de combiner travail et vie de famille ? comment le télétravail change-t-il la donne et qui en bénéficie ? L'article ci-dessous vous livre quelques enseignements de cette édition 2022 du Baromètre, mais pour découvrir tous les résultats, rendez-vous ici.

« De nombreuses familles sont engluées dans les difficultés, de santé, financières, de conciliation des temps ou parfois tout ça à la fois. » Il y a deux ans, nous commentions l’édition 2020 du Baromètre des parents de la sorte, à une époque où les familles étaient encore plongées dans la crise Covid. Si nous relevions déjà nombre de difficultés structurelles, on pouvait espérer que d’autres soient temporaires et qu’après les problèmes financiers et de conciliation des temps accrus pendant le confinement et les mois qui l’ont suivi, la situation des familles allait peu à peu se rétablir.

Bien au contraire, ce Baromètre 2022 montre que les conditions de vie des familles se sont encore détériorées.

Les comptes des familles dans le rouge

Tous les indicateurs de ce Baromètre liés à la situation financière des ménages sont dans le rouge. Le nombre de parents (essentiellement des mères) qui ne reçoivent pas dans les temps les contributions alimentaires dues par leur ex-conjoint pour les enfants a toujours été élevé. Cette fois, il explose véritablement : dans un cas sur deux, ces contributions ne sont pas payées de manière régulière ! Les parents reportent encore davantage qu’en 2020 les soins de santé pour leurs enfants, vivent plus difficilement encore la perte de revenus liées à un congé parental, prennent moins le congé parental, et même le congé de paternité !, en raison de la perte financière qu’ils génèrent.

La double peine pour les parents à bas revenus

Si toutes les familles connaissent des difficultés (même les ménages aux revenus supérieurs à 5000€ net/mois sont 22% à reporter des soins à un enfant pour raison financière), les parents à bas revenus subissent une double peine.

Non seulement les difficultés financières les frappent davantage, mais la conciliation entre travail et vie de famille est également encore bien plus complexe pour eux. Ils ont, bien moins que les ménages plus aisés, accès au télétravail (57% des parents gagnant plus de 5000€ net/mois ont la possibilité de télétravailler contre 25% des parents gagnant moins de 1500€) ; ils ont moins de jours de congé (50% des parents à haut revenu ont plus que les 20 jours légaux de vacances annuelles contre 28% des parents à bas revenus) ; ils ont moins accès aux congés parentaux, si mal rémunérés ; ils ont moins la possibilité de mettre leurs enfants en stage, car cela coûte cher.

Mettre en place et renforcer les dispositifs de conciliation des temps, c’est donc avant tout une nécessité sociale, pour permettre à tous les parents, quels que soient leurs revenus, de sortir la tête de l’eau tout en conservant une activité professionnelle, et aux enfants de grandir dans de bonnes conditions.

La double peine pour les parents à bas revenus

Les femmes toujours à la peine

Une des principales évolutions, ces dernières années, en matière de conciliation des temps, s’est imposée suite à la crise Covid : le développement du télétravail – pour la minorité de parents pour lesquels il est possible (35%).  

Avant le Covid, les parents nous disaient déjà massivement souhaiter davantage de télétravail pour mieux concilier travail et vie de famille. Ce Baromètre confirme que ce dispositif répond à leurs attentes : il augmente le bien-être au travail de 83% des parents (85% des femmes) qui peuvent y recourir ; diminue le stress lié à la gestion quotidienne des enfants et de la maison pour 42% des parents (53% des femmes) ; permet à 42% des parents d’envisager plus sereinement la semaine (48% des femmes).

Si les femmes expriment davantage les bénéfices du télétravail, ce sont pourtant majoritairement elles qui effectuent les petites tâches ménagères (lancer une lessive, un lave-vaisselle) pendant leur télétravail – 63% contre 44% des hommes ; qui s’occupent des enfants le mercredi après-midi tout en télétravaillant (64% contre 54% des hommes) et qui conduisent davantage, grâce au télétravail, les enfants à leurs activités (41% contre 35% des hommes). Cette situation, aussi insatisfaisante soit-elle (devoir s’occuper du ménage et des enfants tout en étant productif au travail), est dès lors vue, malgré tout, comme une amélioration par rapport à la situation antérieure où les mères devaient déjà combiner toutes ces tâches après une journée entière passée sur leur lieu de travail.

Le télétravail n’est aucunement une solution miracle pour une meilleure conciliation travail-vie de famille. Il ne l’est pas pour les femmes qui continuent à prendre bien trop en charge les tâches liées au ménage et à la famille ; il ne l’est pas pour les parents à bas revenus qui ont bien moins accès au télétravail ; il l’est encore moins pour les femmes à bas revenus qui cumulent toutes les difficultés.

Travailler moins pour trouver l’équilibre

Si le télétravail offre une forme de soulagement individuel, il peut aussi donner l’impression que des réformes structurelles pour une meilleure conciliation des temps sont moins nécessaires. Or, elles restent tout autant indispensables. 70% des parents aujourd’hui estiment difficile de travailler à temps plein en ayant des enfants. C’est plus tendu encore pour les femmes (75%) et pour les parents de jeunes enfants de 0 à 3 ans (81%).

Permettre aux parents de travailler moins de manière générale (en réduisant leur temps de travail sans perte financière, en augmentant les jours de congés payés, en rémunérant mieux le congé parental), et en particulier quand ils font face à des besoins urgents (en créant un congé enfant malade rémunéré, un congé de conciliation), semble incontournable. C’est coûteux. Mais ne pas répondre à ces besoins essentiels se paie aussi tôt ou tard, et sans doute plus cher à terme, en retrait des femmes du marché du travail, en baisse de la productivité au travail, en maladies, en burn out parentaux ou professionnels, etc. Ces fréquentes conséquences de mois et d’années à tenter de trouver, en tant que parents, ce si difficile équilibre.

Travailler moins pour trouver l’équilibre
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