Prise de position
Numérique à l'école
La régulation de l'usage des communications numériques à l'école est une bonne chose, mais il faut aussi garantir hors temps scolaire un droit à la déconnexion pour les élèves et une bonne utilisation des communications numériques par l’école.
La Ministre de l’Education prévoit l’interdiction du smartphone à l’école et le décret passe en commission Education ce lundi. Pour la Ligue des familles, le Comité des Elèves Francophones (CEF), la Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel (FAPEO) et l’Union Francophone des Associations de Parents de l’Enseignement Catholique (UFAPEC), à condition d'une réflexion globale sur les usages numériques à l'école et les impacts du temps d'écran, cette interdiction est une bonne chose jusqu'à la fin du tronc commun, mais il faut aussi fixer un cadre pour la communication numérique entre l’école et les élèves et leurs familles en dehors du temps scolaire. Les élèves et leurs familles doivent désormais souvent jongler entre les informations postées sur des plateformes numériques type Smartschool, Classroom, qui peuvent être pratiques... à condition d’être encadrées.
La Ligue des familles, le CEF, la Fapeo et l’Ufapec appellent à intégrer au décret « smartphones à l’école » un volet « pratiques des écoles » intégrant le droit à déconnexion des élèves et une utilisation appropriée de ces plateformes. Une mesure qui fait partie de l’accord de gouvernement Degryse.
La Ministre de l’Education, Valérie Glatigny, prévoit l’interdiction de l’usage récréatif du smartphone (1) en primaire et secondaire (2). Pour nos organisations, un point d’attention concernera les enfants qui ont des besoins spécifiques nécessitant des outils numériques. Il faudra assurer que les tolérances prévues soient suffisamment étendues pour que lorsque l’usage d’un smartphone est important vu les réalités de l’enfant ou les nécessités de connexion avec la famille, cela reste permis, sans que cela ne devienne source de tensions avec cet élève qui pourrait devenir objet de jalousie, voire de harcèlement. Les associations attirent également l'attention sur le fait que les pratiques et nécessités sont différentes en fin de secondaire, où de nombreux élèves sont déjà majeurs, du primaire ou début de secondaire. Il sera enfin essentiel d'associer dans les écoles les élèves aux réflexions quant à l'application de la règle et de ses conséquences. Ne pas passer par ces réflexions et débats avec les élèves, c’est manquer une dimension de l’éducation nécessaires aux médias et à leurs usages.
Mais réguler doit pouvoir se faire dans les deux sens. S’il faut fixer un meilleur cadre pour et avec les élèves, de trop nombreuses écoles utilisent aujourd’hui de manière inadéquate la communication numérique avec les élèves.
(1) Sauf usages à visée pédagogique.
(2) L’accord de gouvernement parle d’une interdiction directe en primaire, et de règles à établir par un processus interne aux écoles, par exemple via le conseil des élèves ou de participation, en secondaire.
6 élèves sur 10 négativement affectés par les communications numériques de l’école
Une récente enquête de la Ligue des familles auprès de 1000 parents d’élèves montre que le recours au numérique par l’école pour communiquer avec les élèves s’est normalisé : 77% des écoles secondaires y ont recours, la plupart du temps pour transmettre des informations et instructions quant au travail à domicile. Le problème, c’est quand l’information arrive à l’élève en soirée ou le week-end, et que le message est à traiter pour le lendemain.
Ainsi, un élève sur 5 est régulièrement sollicité pour du travail scolaire en soirée et le week-end.
1 parent sur 7 doit jongler entre plusieurs plateformes numériques dans une même école
Si la communication via des canaux numériques, quand elle est bien pensée, est pratique pour de nombreuses familles, elle en met d’autres en difficulté. En Belgique, 34% des adultes en âge d’être parents sont en vulnérabilité numérique, d’après le dernier (2024) baromètre de l’inclusion numérique de la Fondation Roi Baudoin (soit le fait soit de n’être pas équipé, soit le fait d’avoir des compétences numériques trop faibles que pour savoir s’en servir aisément). Pourtant, 48% des écoles recourent désormais exclusivement au numérique pour communiquer avec les parents, et en secondaire, elles sont même 60%.
Même dans le cas des parents qui n’ont aucun problème pour communiquer exclusivement par le numérique avec l’école, certaines pratiques posent des difficultés. Ainsi, dans 14% des cas, les parents doivent jongler entre plusieurs plateformes numériques pour recevoir toutes les communications relatives à leur enfant. Et si l’on prend les élèves du secondaire (où il y a des enseignants différents par matière), c’est près d’ 1 parent sur 5 qui rapporte ce problème.
Pas étonnant donc que cette communication numérique qui semble n’avoir pas été réfléchie collectivement dans de nombreuses écoles ne satisfasse pas une famille sur quatre…
Vers un droit à la déconnexion numérique pour tous et une régulation des usages de la communication numérique par les écoles
Alors que la Ligue des familles en fait la demande depuis 2021, l’accord de gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles prévoit l’instauration d’un droit à la déconnexion pour tous, par le biais des règlements d’ordre intérieur des établissements. La Ligue des familles, le CEF, la Fapeo et l’Ufapec appellent donc la Ministre Glatigny à profiter de son élan quant aux smartphones pour mettre en œuvre ce droit important, pour les élèves aussi.
Et en pratique ? Proposition concrète
Comment concrétiser un droit à la déconnexion des élèves tel que prôné par la Ligue des familles, le CEF, la Fapeo et l’Ufapec :
Les Règlements d’ordre intérieur des établissements doivent intégrer ce droit, et garantir a minima que :
- L’école ne demande pas de travail scolaire après les heures de cours, par mail ou par les plateformes numériques, pour le lendemain.
- L’école recourt à (maximum) une seule plateforme numérique pour communiquer aux élèves et à leurs parents.
Quelles modalités et quelle étendue pour ce droit :
Une charte de communication numérique est négociée au sein des Conseils de participation pour en définir les contours. Celle-ci définit par ailleurs la plateforme numérique qui est utilisée comme canal unique de communication avec les parents, et définit les modalités de la communication non numérique avec l’école pour les parents qui le souhaiteraient.