Analyses et études

Repas scolaires pour les enfants défavorisés

L’an dernier, le gouvernement Degryse a décidé de supprimer le décret « repas complets gratuits sains et durables » qui permettait à 429 implantations scolaires inscrivant des enfants particulièrement défavorisés de leur fournir un repas chaud chaque midi. Ce dispositif pouvait jusqu’alors être mis en place à condition que l’école maternelle ou primaire soit d’enseignement spécialisé ou que son indice socio-économique soit d’entre 1 et 5 (sur 20) - les plus bas, donc.

Le budget – 21,4 millions – associé a également été supprimé. En compensation, les moyens de fonctionnement complémentaires de l’encadrement différencié passent de 10,7 millions € en 2025 à 18,9 millions € en 2026 (+8,2 millions €, dilués dans deux fois plus d’implantations scolaires) ; et ceux de l’enseignement spécialisé sont augmentés de 1 millions €. Ces enveloppes, déjà nécessaires au soutien pédagogique, matériel et financier des élèves, peuvent désormais être utilisées par les écoles pour financer des repas qui peuvent désormais être payants. La Ligue des familles et Ecole à table avaient calculé que toutes choses restant égales par ailleurs, le subside par repas passait de 3,70€ à 0,43 € en moyenne.

Ces décisions produisent leurs effets à partir de cette année scolaire 2026-2027.

Les écoles qui s’étaient inscrites dans le dispositif de repas chauds allaient donc nécessairement être confrontées à des choix et arbitrages très difficiles vu l’ampleur du définancement. Or reporter les couts sur les parents risquait d’aboutir à ce que de très nombreuses familles particulièrement défavorisées ne puissent plus inscrire leurs enfants au service de repas scolaires.

La Ligue des familles et Ecole à table s’interrogeaient alors : quelles décisions seraient prises par les écoles et quelles conséquences sur l’accès réel à un repas de qualité au temps de midi pour ces enfants qui en ont le plus besoin ?

« Certaines mamans ainsi que leurs enfants doivent vivre les 10 derniers jours du mois en mangeant uniquement des tartines. » « Les repas chauds sont une réelle plus-value à l'enseignement. Avoir un repas équilibré est essentiel au bon fonctionnement neuronal des élèves. Nous avions pu constater une amélioration de leur performance. »
Témoignage de deux directions d’écoles

Cette enquête menée auprès des directions d’écoles concernées à la rentrée 2026 répond à ces questions. La moitié d’entre elles ont rempli notre questionnaire. Quelles tendances principales observons-nous ?

  • 24% des écoles ont arrêté leur service de repas chauds
  • 17% l’ont maintenu mais craignent de devoir l’arrêter en cas de trop forte chute des inscriptions.
  • Pour celles qui l’ont maintenu, dans 92% des cas les repas sont devenus payants, avec un cout mensuel moyen à charge des familles atteignant de 54€ (en maternelle pour un 4 repas par semaine) à 78€ (en primaire pour un 5 repas par semaine).
  • Dans les écoles qui ont maintenu le service de repas en le rendant payant, le taux d’inscription des enfants chute de plus de 60%.  Au total en tenant compte des écoles qui ont arrêté le service de repas, l’accès aux repas scolaires chute de près de 70%.
  • Et 78% des directions constatent à nouveau que certains enfants arrivent le ventre vide, n’ont pas suffisamment à manger le midi ou mangent une alimentation de très mauvaise qualité.

On ne peut pas bien apprendre si on n’est pas correctement alimenté. Par ailleurs, pour la majorité de ces enfants particulièrement défavorisés, la gratuité des repas apparait comme essentielle pour leur permettre un accès réel à une alimentation saine à midi. C’est la raison pour laquelle la Ligue des familles et Ecole à table appellent les décideurs politiques à revenir sur les décisions prises, et retrouver des financements pour mettre en place des repas complets, gratuits, sains et durables dans les écoles les plus défavorisées de Fédération Wallonie-Bruxelles